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La sylviculture réduit la biodiversité
Le consensus issu du Grenelle de l’environnement (entériné
par « Produire plus [de bois] tout en préservant la
biodiversité ») semblait illustrer le fait que la conservation
de la biodiversité forestière ne pose pas de problème…
Or il n’en est rien.
La diversité biologique des forêts
tempérées est menacée, au même titre que celle des
forêts tropicales, par la sylviculture intensive.
C’est ce
que montre une étude de chercheurs du CEMAGREF
(Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture
et de l’environnement). Yoan Paillet, Frédéric Gosselin
et Laurent Bergès ont passé au crible 51 articles scientifiques
publiés au cours des trente dernières années,
comparant, sur l’ensemble de l’Europe, le nombre
d’espèces animales et végétales présentes dans les
forêts exploitées et dans celles qui ne le sont pas depuis
au moins vingt ans.
Conclusion : les forêts exploitées
abritent un éventail d’espèces vivantes plus réduit.
La différence est surtout sensible pour les mousses, les
lichens et les coléoptères se nourrissant de bois mort (les
saproxylophages). Elle existe également, à un moindre degré,
pour les champignons.
Toutes ces espèces souffrent de
perturbations trop fréquentes, ainsi que de la trop grande
homogénéité des forêts régulièrement entretenues. En
France, quelque 7 000 espèces - insectes, champignons,
mousses, pics ou chauve-souris - sont associées aux bois
morts, qui leur servent à la fois d’habitat et d’aliment.
Seules les plantes à fleurs et les fougères (les plantes
vasculaires) sont favorisées par les forêts exploitées,
où elles profitent d’un meilleur ensoleillement, grâce à
l’éclaircissement régulier de la canopée, et d’un sous-sol
plus souvent renouvelé.
Ces résultats mettent en évidence « la nécessité de
conserver des forêts anciennes » et de « créer des
réserves intégrales à l’échelle européenne », souligne
Laurent Bergès, interrogé par Le Monde du 4 novembre.
Le temps nécessaire à la restauration de la biodiversité
forestière « peut être supérieur à soixante ans », si bien
que l’efficacité d’une politique de conservation doit « être
évaluée sur le long terme ».. |
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Avec un réchauffement global de l’ordre de 0,6 °C, selon le rapport 2007
du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(Giec), le XXe siècle a probablement été le siècle le plus chaud du
dernier millénaire et la décennie 1990 a connu le réchauffement le plus
important de ce siècle.
Mais l’accroissement moyen de la température de surface est estimé par
les experts du climat entre 1,8 à 4 °C entre 1980-1999 et 2090-2099, ce
qui serait sans précédent dans les 10 000 dernières années.
« Ce changement climatique va modifier les écosystèmes en créant des
conditions, souvent plus favorables, parfois plus défavorables, explique
Bernard Seguin, chargé de mission changement climatique et effet de
serre à l’Inra Avignon, interrogé par la revue AGRO Mag (déc. 2008).
L’augmentation du gaz carbonique va en effet stimuler la photosynthèse
des couverts végétaux et augmenter la production de biomasse de l’ordre
de 20 %.
A priori, les grandes cultures et les prairies devraient être
favorisées, sauf dans le Sud où apparaît le risque de sécheresse, avec
températures élevées. »
Pour les arbres fruitiers et la vigne, un déplacement géographique vers
le nord est à anticiper. Quant aux forêts, il faut envisager d’abord un
effet favorable sur la productivité, qui devrait s’annuler vers 2050
pour basculer vers un effet majoritairement défavorable, avec
l’accentuation de la sécheresse et des températures excessives.
« Parallèlement, on observera une évolution sensible des niches
bioclimatiques des différentes espèces, avec extension potentielle des
essences méditerranéennes comme le chêne vert et recul du hêtre et du
chêne, sans qu’on puisse prédire la vitesse de propagation des arbres,
dont il est cependant vraisemblable qu’elle sera inférieure à celle que
le réchauffement imposera », précise Bernard Seguin.
Un réchauffement de 2 °C serait plutôt favorable pour le Nord et ne
provoquerait qu’un léger déplacement d’équilibre, restant dans les
limites des capacités d’adaptation traditionnelles.
En revanche, il est très probable qu’un réchauffement de 4 à 5 °C
provoquerait des ruptures significatives pour l’ensemble du globe, et
encore plus pour les pays du Sud. Contrairement aux situations
classiques de pollution, les pays affectés ne seront pas forcément ceux
qui auront émis le plus de gaz à effet de serre (GES).
« Dans tous les cas, l’analyse de l’ensemble des impacts, dont
l’élévation du niveau de la mer, conduit à penser qu’il faut limiter le
◗ Le climat change, l’agriculture aussi réchauffement à 2 à 3 °C, et,
pour cela, amorcer sans attendre le freinage de la progression des
émissions et une décroissance d’un facteur 4 pour 2050 dans les pays
industrialisés, ce qui est en discussion actuellement dans la
perspective d’accords post-Kyoto », souligne Bernard Seguin.
Dans ce contexte, l’agriculture joue un rôle non négligeable, « à
hauteur de 14 % au niveau mondial et de 18 % au niveau de la France, à
partir des émissions de protoxyde d’azote par les sols en lien avec les
apports d’azote et de méthane par les animaux ».
En revanche, peu émettrice de gaz carbonique, elle est susceptible de
stocker du carbone dans le sol ou la biomasse ou de fournir des
carburants ou des combustibles susceptibles d’éviter la dépense
d’énergie fossile, même si les bilans énergétique et environnemental,
prêtent à discussion.
Et la forêt ? « Elle joue un rôle très significatif, affirme Bernard
Seguin.
D’un côté, l’émission par la déforestation est évaluée au niveau du
globe à 1,5 GtC/an, à comparer à l’ensemble des autres émissions
évaluées récemment à 8,5 GtC/an ; de l’autre, au niveau métropolitain,
la forêt stocke actuellement 18 MtC/an, soit plus de 10 % des émissions
de GES de la France. »
Jean Pambrun |